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Justice


Affaire Baco Ali : Se faire ou ne pas se faire justice soi-même ?

Publié le mercredi 11 mai 2016 à 12:23
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On peut dire que l’actualité a servi la plaidoirie de Me Ahamada ce mercredi. Le chanteur mahorais de mgodro, Baco Ali, apprécié des femmes pour ses animations lors de leurs rassemblements, était à la barre. Pour avoir proféré des menaces contre des gendarmes.

Baco Ali (Photo la 1ère.francetvinfo.fr)

Baco Ali (Photo la 1ère.francetvinfo.fr)

« Un gros nounours », c’est ainsi que parle de lui son avocat, le bâtonnier Nadjim Ahamada. Il faut dire que le chanteur Baco Ali en impose. Et on imagine qu’arme en main, on n’ait pas franchement envie de poursuivre une conversation avec lui. C’est ce qui s’est passé ce 16 décembre 2015. Le frère du chanteur, boulanger à Nyambadao, se fait agresser par un individu. Ce ne serait pas la première fois, selon l’avocat, et le sang du chanteur et de sa famille ne fait qu’un tour, partis à la recherche de l’agresseur.

Lorsqu’ils arrivent, les gendarmes l’avaient placé sous leur protection face à une foule hostile, ce qui aurait fortement déplu à l’artiste qui, muni d’un chombo, d’une bombe lacrymogène et d’un simili fusil harpon, qui s’avèrera être une queue de raie destinée à fouetter, menace les gendarmes : « On va se faire justice nous-mêmes, il n’y a pas de justice. On vous laisse 10 minutes », et brandissant son chombo, poursuit, « je n’ai pas peur de vos AK 47. On est à Mayotte ici, ce qui s’est passé à Paris c’est rien, (nous sommes un mois après les attentats parisiens, ndlr), on va vous tirer, vous pourrez sortir vos armes comme ça. » Le président du TGI, Laurent Sabatier rapportait ainsi le témoignage des gendarmes.

Incident autour du renvoi de l’affaire

Dans sa plaidoirie, le bâtonnier Nadjim Ahamada remet en cause le fonctionnement de l'autorité judiciaire à Mayotte

Dans sa plaidoirie, le bâtonnier Nadjim Ahamada remet en cause le fonctionnement de l’autorité judiciaire à Mayotte

La foule s’est déjà formée, et se fait menaçante autour des gendarmes. Ils s’enferment dans une habitation, et n’en ressortiront une heure après qu’avec l’arrivée de renforts en mobiles. Leur véhicule sirène hurlante, se fera malgré tout rattraper par le chanteur en scooteur, « un passager à l’arrière brandissait une barre de fer en criant ‘on va vous retrouver !’», rapportent toujours les deux gendarmes.

Baco Ali est alors interpellé et mis en garde à vue. Un premier procès en décembre a été renvoyé, « la défense avançait vouloir produire des témoins qui sont absents aujourd’hui », attaque la procureur, « je souhaitais juste dépassionner le débat », répond Me Ahamada.

Il le fut, malgré la présence de scolaires qui découvraient une autre facette de l’artiste, et en dépit du réquisitoire enflammé de la vice-procureur pour les plaignants, rapportant fidèlement la parole de gendarmes, « présents à la première audience, mais qui n’ont pu se déplacer à celle-ci », déplorait-elle. Ce qui fit bondir Me Ahamada qui créait un incident de séance en demandant que le dossier soit évoqué, non les demandes de renvois de l’avocat.

« La peur de leur vie »gendarmerie polo

Baco Ali fait profil bas, et s’il souhaite garder le silence, il a présenté « des excuses sincères », ainsi que le rapportait le président, « vous avez reconnu qu’il n’était pas normal d’agir ainsi, mais avoir mis votre réaction sous le coup d’une grosse colère en raison de vos liens familiaux avec la victime de la personne interpellée. »

Une colère qui aura impressionné les gendarmes, « qui ont eu la peur de leur vie », souligne la vice-procureur dans son réquisitoire, précisant qu’une menace contre les forces de l’ordre faisait peser une peine de 10 ans d’emprisonnement et de 150 euros d’amende, « nous sommes bien sous le coup de la loi pénale. »

Elle n’en demandera que 6 mois avec sursis, assorti de travail d’intérêt général, en soulignant que le message sous-jacent des propos du chanteur, « c’est qu’on n’a pas confiance en la justice de Mayotte, donc on se fait justice soi-même », avant de rajouter, « même si on peut entendre l’exaspération de ceux qui se font agresser plusieurs fois au point de vouloir quitter Mayotte. »

« Une sale image de l’autorité »

Du pain béni pour Me Ahamada : « Les mêmes gendarmes de Mzouazia qui sont intervenus pour protéger l’agresseur, ont assisté ce week-end aux expulsions des gens de leur domicile sans rien faire ! Il y a une justice ?! On laisse une sale image de l’autorité sur ce territoire, donc le citoyen n’a plus foi dans la justice. » Et, collant à la vindicte populaire qui s’était exprimée ce 16 décembre : « Ceux qui ont un casier judiciaire long comme le bras sont rapidement relâchés et reconduisent leurs méfaits. »

Ce n’est pas une simple plaidoirie puisque l’avocat remportera l’adhésion de la salle en évoquant « un tournant pour Mayotte », « il y a 10 ans, il y avait beaucoup moins de délinquants à qui on donnait une bonne correction, et ils ne recommençaient pas. Désormais les lois de la République l’interdisent, mais on oublie la victime et ses droits. L’un d’entre nous risque d’en attraper un et de le tuer un jour ! »

L’image du chanteur n’en sort en tout cas pas grandie, « la sanction est déjà là, surtout avec la présence de la presse », et si ce mastodonte a choisi de garder le silence, « c’est par honte ».

Le chanteur s’exprimera malgré tout à la fin de l’audience en shimaoré, quelques mots pour indiquer qu’il reconnaît les faits.

Le délibéré sera rendu le 18 mai prochain.

A.P-L.
Le Journal de Mayotte

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