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Portrait


Joachim Salime, une « tête bien faite »

Publié le dimanche 4 février 2018 à 12:00
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Bien qu’il ait suivi son collège à Pamandzi et son lycée à Sada, Joachim Salime est Bordelais. Né en Gironde donc, dans le département voisin de celui qui nous invitait à avoir une « tête bien faite », plutôt qu’une « tête bien pleine », Montaigne appelait ainsi à réfléchir sur nos savoirs plutôt qu’à emmagasiner bêtement.

Joachim Salime avec son papa, Saïd Salime, lors de la remise des diplômes (Photo D.R.)

Joachim Salime avec son papa, Saïd Salime, lors de la remise des diplômes (Photo D.R.)

On peut dire que Joachim Salimé synthétise à merveille la pensée de Michel de Montaigne. Comme ses copains de classe, en terminale, il se cherche, puis entend parler de nanotechnologies, « mais je ne savais pas trop quelle voie prendre pour y arriver, nous n’avions pas trop d’info sur l’orientation ». Nous sommes en 2010, et il décroche un Bac S avec mention AB à Sada. Il repart alors à Bordeaux pour intégrer l’IUT de Mesures Physiques. « En 2ème année, j’ai choisi l’option ‘Matériaux et contrôle physico-chimique’, c’était génial ! »

Sans doute, puisqu’il poursuit ensuite à l’Université Paris-Diderot où il suit une licence professionnelle « Analyse des matériaux », en alternance. Et il va cibler haut pour ses premiers pas dans l’entreprise, puisqu’il les fera chez Thalès, le groupe spécialisé notamment dans l’aérospatiale, et la défense, plus exactement à Thalès Electron Devices, basée en Haute-Savoie, « pendant 4 ans, j’ai fait les allers-retours vers Paris ! »

Un élément aussi volontaire, Thalès ne lâche pas, « j’y suis resté du coup pendant mon Master 1 en Sciences des matériaux. J’analysais en laboratoire la résistance des matériaux, notamment des fragments de tubes ».

Spécialiste en cathodes

Joachim Salime incarne la réussite

Joachim Salime, marches après marches

C’est l’année où Thalès décide d’arrêter d’acheter aux Etats Unis ses cathodes spatiales en raison des risques liés à l’acheminement, et de les fabriquer sur place. Un atelier est alors aménagé à cet effet à Thonon-les-Bains (Haute Savoie), et l’étudiant suit le rapatriement de l’activité. A l’issue de son master, et au regard de ses notes, ses enseignants et sa tutrice chez Thalès lui conseillent d’intégrer une école d’ingénieur, « l’équivalence du master me permettait d’entrer directement en 2ème année. »

C’est ainsi qu’il entre à Polytech Paris Sud, l’Ecole Polytechnique Paris Sud*, habilitée à délivrer le diplôme d’ingénieur dans cinq spécialités : électronique, génie électrique, informatique, matériaux et optronique.

Il ne lâche pas Thalès, « j’intègre l’équipe qui suit le niveau de satisfaction des cathodes. On doit en effet les placer ensuite sur des tubes pour les envoyer dans l’espace, ce qui implique un niveau de satisfaction de 95%, pour que l’ensemble survive 15 ans dans l’espace. »

« L’alternance, la meilleure voie d’apprentissage »

Photo des lauréats (Photo D.R.)

Photo des diplômés de Polytech (Photo D.R.)

Il y a 2 semaines, il a reçu son diplôme d’ingénieur en Matériaux, en présence de son père. Mais après réflexion, il ne compte pas s’arrêter là : « J’ai travaillé pendant 4 ans chez Thalès sur la gestion de projets, mais je n’ai pas assez d’outils théoriques, je poursuis donc pendant un an en Master spécialisé en management et programme, et toujours en alternance, car je pense que c’est la meilleure voie d’apprentissage. »

Il a quitté Thalès, « je ne faisais plus que du process**, je suis donc parti chez EDF Paris pour un poste de coordinateur de projet, dans le but de mettre en place un outil de planification sur les 19 centrales nucléaires françaises ».

Joachim ne passe pas tout son temps le nez dans les cathodes, il joue au basket en club à Paris, et parvient à revenir de temps en temps à Mayotte retrouver ses parents. Son papa Saïd Salime travaille au cabinet du président du conseil départemental, et sa maman comme technicienne agronome à la Chambre d’agriculture, « c’est ma mère qui m’a poussé à devenir ingénieur. »

Il insiste sur l’orientation : « C’est vraiment important. Beaucoup de potes ont du changer de voie en cours d’étude, il faut mettre le paquet dessus à Mayotte. Ensuite, nous avons tous des parcours similaires avec les problèmes du décalage une fois arrivés en métropole, et l’éloignement des parents. C’est la motivation et l’orientation qui font la différence. »

Le laps de temps qui nous était imparti était échu, « vraiment désolé, j’ai une réunion là ». S’il a la tête à moitié dans l’univers, ses deux pieds sont déjà ancrés dans le monde du travail.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

* A ne pas confondre avec l’Ecole Polytechnique dite « X », qui arrive en tête du classement des écoles d’ingénieur. Polytech Paris sud est classée 37ème sur 106 du classement Usine nouvelle

** « Procédé », de fabrication par exemple

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