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La formation professionnelle est-elle adaptée aux besoins de Mayotte ?

Publié le jeudi 16 mars 2017 à 16:32
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On parle de formation professionnelle comme passage obligé vers l’emploi pour les chômeurs, mais précisément, cela fait longtemps qu’on en parle. Sans en tester véritablement l’efficacité. C’est l’objet d’une étude menée par le ministère des Outre-mer sur l’ensemble des 5 DOM. Le cabinet Amnyos mène un Séminaire de 2 jours sur ce sujet.

Présence mitigée des acteurs de la formation professionnelle dont certains n'ont pas suivi tout le Sémainaire

Présence mitigée des acteurs de la formation professionnelle dont certains n’ont pas suivi tout le Séminaire

Mayotte a bien failli ne pas bénéficier de cette étude d’évaluation de l’insertion professionnelle. Elle en était même exclue. C’est l’intervention du sénateur Thani Mohamed Soilihi auprès de la ministre Pau-Langevin en septembre 2015, disant sa « stupéfaction » qui aura permis de rectifier l’injustice, et alors même que le président de la République, en déplacement à Mayotte en août 2014, avait affirmé que la formation était un des défis majeurs de notre département. La ministre avait rectifié le tir 2 mois plus tard, par voie d’avenant. De l’intérêt d’être en veille et de faire du lobbying à Paris.

Pendant deux jours, ces 16 et 17 mars, un Séminaire de prospective sur la formation et l’insertion professionnelle des jeunes de Mayotte se tient au Centre Universitaire de Formation et de Recherche (CUFR) de Dembéni. L’analyse du contexte et de l’efficacité des méthodes de formation sera suivie ce vendredi, par des ateliers de débat pour proposer des pistes d’évolution.

Peu d’éléments que nous ne sachions déjà dans cette étude. Qui rappelle les 2 chiffres clef : l’arrivée chaque année de 5.000 personnes sur le marché du travail à Mayotte, pour 2.000 créations sur la même période. Ce serait même 1.500 emplois cette année. Conséquence, seulement 37% en âge de travailler ont un emploi, et le chiffre ne risque pas de s’améliorer si l’économie ne décolle pas, « en 2030, 50.000 emplois vont manquer », a calculé François De Lavergne, Directeur d’Activité chez Amnyos. Ça donne le vertige. Pratiquement la moitié des emplois sont en administration publique.

3 habitants sur 4 non diplômés

Jacques Launay rappelait la partie formation du Contrat aidé

Jacques Launay rappelait la partie formation du Contrat aidé

Plus des deux-tiers des postes créés sont des emplois aidés. Ce qui pose un problème de débouché durable, « loin d’être garanti, à la sortie des 3 ans, la plupart retournent au chômage ». Le secteur public concerne 95% de ces emplois aidés.

Pour Jacques Launay, Chargé du Développement économique à la Direction du Travail, c’est la preuve qu’ « il faut agir sur la formation qualifiante pendant toute la durée du contrat de l’Emploi Aidé ». Se pose la question de la méthode à Mayotte de recherche d’emploi : « Beaucoup ne sont pas inscrit au Pôle Emploi car la culture de l’indemnisation est absente. »

Une certitude qui permet quand même d’espérer, « tous les jeunes qui ont un diplôme ou une qualification trouvent un travail », annonce Cédric Lelaidier, Directeur de l’OIDF. Or, 3 Mahorais sur 4 seraient sans diplôme. Un chiffre qu’un inspecteur d’académie relativise, en nous confiant que le vice-rectorat estime à « 75% le nombre de jeunes qui sont diplômés. Ce chiffre de ? sans diplôme doit être rapporté à l’ensemble de la population, en rappelant que le système éducatif est récent à Mayotte. Je rappelle qu’en1986, on ne comptait que 13 bacheliers. » A rapprocher aussi, comme le soulignait Mohamed Moindjié, 2ème adjoint au maire de Mamoudzou, de la dernière étude de l’INSEE : « 41% des adultes résidant à Mayotte sont de nationalité étrangère. »

Il existe des » autoroutes vers l’emploi »

"Travailler sur une insertion régionale", appelait Mohamed Moindjié

« Travailler sur une insertion régionale », appelait Mohamed Moindjié

L’élu commençait à proposer des solutions, « il faut travailler sur une insertion nationale, mais surtout régionale des jeunes en se servant de la langue swahili comme un atout. »

Le directeur du CUFR, Aurélien Siri a déjà mis en place des outils. Il évoquait des résultats d’insertion « remarquables » pour les licences professionnelles : « 60% des étudiants diplômés en 2016-2017 des licences professionnelles « Développement de Projets de Territoires » et « Management et Gestion des Organisations » ont trouvé un emploi, 16% sont en poursuite d’études. Ces formations en parfaite adéquation avec les besoins du territoire et ciblées sur les métiers dits ‘en tension’ constituent de véritables ‘autoroutes’ vers l’emploi », expliquait-il.

Pour l’universitaire, d’autres pistes, pas uniquement réservées à l’université, sont à améliorer, comme le renforcement du lien entre l’université et l’entreprise.

Dans sa besace, plusieurs dispositifs en préparation : « Accompagner dans la construction du projet professionnel via des ateliers d’aide à l’insertion professionnelle, Encourager la mobilité géographique des étudiants, Favoriser l’apprentissage des langues, Favoriser le développement des technologies de l’information et de la communication, Stimuler la culture de l’entrepreneuriat. »

Apprentissage du français et des métiers porteurs

Faut-il se concentrer exclusivement sur les jeunes en illettrisme?, comme le suggérait cette responsable des ressources humaines

Faut-il se concentrer exclusivement sur les jeunes en illettrisme?, comme le suggérait cette responsable des ressources humaines

Le conseiller départemental Chihabouddine Ben Youssouf, également président de la Commission de lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme, dont il appelle à réviser le programme, apporte aussi sa réflexion.

En amont, « il faut améliorer les relations parents-enfants pour créer un environnement favorable à la réussite scolaire, mettre en place des crèches pour faciliter l’apprentissage de la langue française, accompagner les associations qui œuvrent contre le décrochage scolaire, etc. », et en aval, « favoriser les vocations aux métiers de la mer en créant au moins 2 lycées professionnels avec des options métiers de la mer, énergies renouvelables, etc. »

Faut-il concentrer la réflexion de ces deux journées uniquement sur les jeunes en errance sans savoir de base, « et dont le taux d’illettrisme atteint les 75% » ? La question était posée par une Responsable des ressources humaines.

Des pistes qui seront évoquées lors des ateliers, pour aboutir, nous dit l’étude, à un scénario efficace sur les 15 ans à venir, d’amélioration de l’insertion professionnelle des jeunes à Mayotte.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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