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Le délégué de Caritas sur le départ: «Ne pas considérer que la République est une et indivisible en Outre-mer»

Publié le mercredi 9 septembre 2015 à 5:15
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Outre son humour, ce qui caractérise le passage de Christophe Vénien à la tête de la délégation mahoraise de Caritas France-Secours Catholique, c’est la transcription de l’esprit maison : rendre la personne en difficulté acteur de son propre développement. Il quitte Mayotte le cœur lourd, mais après y avoir structuré la délégation.

A travers Christophe Vénien, le secours catholique a permis aux jeunes de Kawéni de se structurer

A travers Christophe Vénien, le secours catholique a permis aux jeunes de Kawéni de se structurer

Arrivé il y a 5 ans tout droit de Centrafrique, où il était chef de projet au programme d’appui à l’enfance en difficulté dans un contexte post-conflit pour Caritas-Centre Afrique, Christophe Vénien quitte dans quelques jours l’antenne Mahoraise de Caritas France-Secours Catholique.

En 2010, il prend la tête d’une délégation ouverte 8 ans auparavant, mais qui doit se structurer. Ça tombe bien : c’est l’année où le Secours Catholique demande à chacun de ses territoires une organisation stratégique avec des projets de délégation. A Mayotte, il tournera naturellement autour des enjeux de la solidarité familiale, de l’égalité des droits, du vivre ensemble, et surtout du développement dans un contexte propre à Mayotte, un thème cher à Christophe Vénien.

L’association propose à 120 jeunes de 16 à 25 ans déscolarisés des apprentissages de base en français et mathématiques, au centre Nyamba, autour d’une conviction, celle que chaque jeune a les capacités propres d’être acteur au sein du centre et de sa vie. Les bénévoles suivent leur famille dans leur accès aux droits, et les visitent à leur domicile.

Sur quel plan placez-vous vos actions aux cours de ces 5 années ?

Abdallah Karim lors d'échanges avec Kamal du CVL

Les jeunes de l’AJVK invités au lycée de Kawéni

Christophe Vénien : « Tout d’abord, je voudrais souligner notre force, celle de notre liberté d’action. Le siège a entièrement confiance, ce qui nous a permis de mettre en place beaucoup d’opérations rapidement. La première d’entre elle, une action collective et communautaire, avec une animation de rue auprès des jeunes de Kawéni. Ils ont créé l’AJVK, leur association. Et nous avons innové avec un binôme mahorais-métropolitain de Volontaires du Service civique. Nous pensons qu’en réunissant les personnes qui vivent une difficulté, elles peuvent réfléchir ensemble au moyen de la surmonter, plutôt que de tout attendre de l’association.

Autre action à Chirongui où nos animatrices mahoraises ont essayé de mettre en place un jardin collectif. Mais les habitants ont préféré d’autres voix, et nous les avons accompagné : avec l’implantation d’une bibliothèque de rue, l’alphabétisation, la construction d’un banga école avec un compteur d’eau… pour adopter l’idée d’un jardin collectif ! Le plus court chemin pour aller d’un point à un autre n’est pas forcément une ligne droite…
Nous avons mis en place une action institutionnelle également, avec l’organisation de la visite des responsables nationaux de trois associations, le Secours catholique, Apprentis d’Auteuil et Médecins du monde, pour faire remonter les problématiques au niveau national. C’est de là qu’est née l’idée d’un Plan Jeunesse, que le président de la République a repris dans ses 38 mesures pour Mayotte. Nous l’envisagions dans un esprit d’écoute des attentes des jeunes sur le long terme. Notre méthode est de mettre en place chaque projet en prenant en compte les besoins des bénéficiaires.
Nous avons aussi initié une coopération régionale avec Caritas Anjouan sur le sujet de l’aide au retour, et enfin, nous avons formé nos bénévoles à l’alphabétisation fonctionnelle avec un professionnel de Caritas de l’île Maurice.
Contrairement à la métropole où les bénévoles des délégations sont des retraités, à Mayotte, ce sont souvent des junes gens en difficulté qui ont malgré tout choisi d’aider les autres.
Mayotte a beaucoup de choses à apporter à la métropole sur le vivre ensemble ou l’interreligieux. Ici, on a encore souvent droit à un « bonjour » dans la rue. »

La délinquance prend malgré tout de l’ampleur…

George Pau-Langevin lors de sa visite au Centre Nyamba

George Pau-Langevin lors de sa visite au Centre Nyamba

C.V : « C’est malheureusement une évolution naturelle. En métropole il y a des décennies, tout était centré autour de la famille, nos vieux étaient encore à la maison. Aux Antilles, ils ont intégré des maisons de retraite. La chance de Mayotte est d’avoir une culture très forte : les jeunes filles sont à la fois « samsunguées » et dansent le mbiwi. Un peu comme les bretons qui dansent le fest-noz, tous réunis, petits, ados ou vieux ! »

Quelles sont les solutions ?

C.V : «  Il faut prendre son temps en ayant conscience que ce qui est bon pour la métropole ne l’est pas forcément pour Mayotte. Et surtout, ne pas être dogmatique. Il y a quelque temps, une responsable métropolitaine ne voulait pas entendre parler d’un statut pour les cadis, or nous y sommes. Plusieurs vice-recteurs ne voulaient pas voir le français comme langue étrangère ici, et surtout pas voir arriver l’Alliance française. Pourtant, elle intervient en enseignement du français dans une ville comme Bordeaux ! Et maintenant, on envisage cette solution pour les maternelles…
Adaptons nous au contexte local, écoutons les gens, et conservons notre bon sens. L’Etat ne l’a pas toujours en considérant la République comme Une et indivisible. Or ce qui est bon pour Cayenne ou Nouméa ne l’est pas forcément pour nous. D’un autre côté, les Mahorais doivent prendre conscience qu’ils sont sur un territoire en développement, que rien n’est immédiat, qu’ils ont eu beaucoup de chance par le passé d’accéder à la propriété des cases SIM après en avoir été locataires. Il n’y a pas d’équivalent en France, à ma connaissance. »

Quels sont les freins au développement ?

L'animatrice Maria tentait de faire comprendre l'objet d'une caricature

L’animatrice Maria tentait de faire comprendre l’objet d’une caricature

C.V : « Justement, c’est un DVD, un département en voie de développement, mais le plus choquant, c’est qu’il est en France. J’ai vécu en Centre Afrique, mais je ne me suis jamais autant senti en insécurité que pendant les évènements sociaux de 2011 à Mayotte. Et je me sentais Mahorais en ne comprenant pas que les médias métropolitains n’évoquent pas les évènements. De la même manière que lorsque France Inter évoquait le classement des départements les plus pauvres de France sans citer Mayotte ! Nous sommes les éternels oubliés. »

Quel restera votre meilleur souvenir ?

C.V : « La vie quotidienne avec mon équipe mahoraise, Nadjim, puis Nadham et la pendaison de crémaillère dans son petit banga, Maria, son mariage, Houssoymata, et tous ceux qui ont croisé ma route ici. Et tous les projets que nous avons menés sur ce territoire où chaque avancée est palpable. »

Vous partez au moment où un nouveau bâtiment sort de terre !

Devant le nouveau bâtiment de la délégation

Devant le nouveau bâtiment de la délégation

C.V : « Oui, il accueillera en face du cinéma la délégation et le centre Nyamba. Je reviens d’ailleurs pour l’inaugurer le 23 octobre. Il a été financé à 80% par les fonds propre du Secours Catholique. »

C’est dans la belle ville de Bordeaux que Christophe Vénien va prendre la tête de la délégation du Secours Catholique. On retiendra de lui son impulsion lors de l’attentat de Charlie, organisateur d’une réunion sur les caricatures et la religion, sans grande pompe sur la laïcité, avec les jeunes musulmans du centre Nyamba, pour entrevoir un espace de tolérance, entourés par un imam et un prêtre.

Propos recueillis par Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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