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Environnement


Lutter contre les boues qui envasent lagon et retenues collinaires

Publié le lundi 3 avril 2017 à 12:45
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A chaque grosse pluie, le lagon devient bicolore, en accueillant une invitée indésirable : la boue formée par la terre que l’eau emporte en dévalant les pentes. Il n’est pas le seul à être impacté : les retenues collinaires en font aussi les frais, de même que l’agriculture et les maisons qui sont régulièrement inondées.

Jean-François Desprats présentait les actions menées dans les communes

Jean-François Desprats présentait les actions menées dans les communes

A la demande de la DEAL, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières* (BRGM) a entrepris une étude pluriannuelle, 2014-2020, pour comprendre, prévenir et remédier à ces phénomènes d’érosion des sols. Au cœur de cette étude, le projet LESELAM, pour Lutte contre l’Erosion des Sols et l’Envasement du LAgon à Mayotte, est né.

Trois bassins versants-pilotes ont été retenus : M’tsamboro, Dzoumogné et Salim-Bé, et ont été équipés d’observatoires hydrométéorologiques. Le premier est péri-urbain, le second agricole, ce qui permet de dégager des actions propres sur ces configurations différentes..

Jean-François Desprats, Chef de projet LESALAM et Ingénieur au BRGM de Montpellier, en donnait ce lundi matin, une restitution au Centre universitaire. Celle de 2016 est édifiante : « Sur les 20 hectares du bassin versant de Mtsamboro, nous avons un déplacement de 5,4 tonnes de terre par hectare, c’est à dire une très forte érosion. » L’impact de la crue du 1 er février 2016 a été particulièrement important, « avec un temps de réaction du bassin versant de moins de 10 mn, une turbidité importante, une quantité importante de sédiment emportée. »

Des « cultures-toboggan » pour la pluies

La culture de bananiers en forte pente offre un toboggan à l'eau de pluie

La culture de bananiers en forte pente offre un toboggan à l’eau de pluie

Nous n’aurons que mi-mai les résultats des observations de la saison des pluies en cours, mais nous savons déjà que l’île a été peu impactée par des phénomènes extrêmes comme les fortes pluies. Le déplacement de terre y est malgré tout toujours important, note-t-il,« sûrement entre 5 et 10t ». Deux explications à cela : « La forte pente des cultures de bananiers de plus de 50% à cet endroit et l’érosion au niveau des berges, qui caractérisent le bassin versant de Mtsamboro. Malgré l’évacuation manuelle, 93% des sédiments partent vers le lagon ». Défrichées, les pentes servent de toboggans aux eaux de pluies.

Par contre, en face, sur le bassin versant agricole de Bandrani, l’érosion est moindre, « de 300kg par hectare, en raison d’une pente plus faible », mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle : « Nous avons de gros dépôt de sédiments qui vont être entrainés dès le premier incident majeur de pluviométrie. Ils viendront combler la réserve de Dzoumogné, ce qui va réduire la capacité de stockage et donc l’alimentation en eau potable. »

Placer des barrières naturelles

Indispensable de canaliser les eaux de pluie

Indispensable de canaliser les eaux de pluie

Les habitations de la zone plus urbanisée de Mtsamboro sont également impactées : sans frein naturels, l’eau boueuse envahit les maisons, les menace de glissement de terrains et le réseau de collecte des eaux de pluies dont la capacité ne supporte pas cet excédent. « Les gros travaux de gabions menés par la collectivité de Mtsamboro ont été emportés par les eaux. »
Trouver des barrières naturelles

Des ateliers de sensibilisation ont été menés dans les communes, mais les habitants n’étaient pas toujours au rendez-vous, comme nous l’avions constaté à Mtsangamouji lors d’une réunion publique. « Nous avons donc mené une expérimentation chez un agriculteur, Attoumani à Mtsangamouji, connu pour utiliser des pratiques agricoles adaptées. Il a expliqué à trente de ses collègues, les techniques de terrasses, de paillage, de fascines (amas de branchages), de haies, ou d’association de culture, pour contrer l’érosion et optimiser les cultures. »

Quatre agriculteurs ont montré un vif intérêt et participent à une expérimentation de ruisselomètres-témoins, et 15 autres à la mise en place de techniques agro-conservatrices.

Des procédés qui peuvent aussi s’adapter en zone péri-urbaine selon lui, « nous devons ensuite pouvoir les extrapoler à l’ensemble de l’île ».

« Si on ne respecte pas la terre… »

Représentation d'un bassin versants ©LESELAM

Représentation d’un bassin versants ©LESELAM

Un petit film produit par les Naturalistes était projeté, sur un début prise de conscience chez certains agriculteurs, « il n’y avait pas d’érosion avant que je coupe les arbres pour y planter des bananiers », constate l’un d’entre eux gravement, « si on ne respecte pas la terre, on ne pourra rien en tirer.»

Aucune étude n’a été financée pour connaître l’impact de ces boues sur le lagon, annonce Jean-François Desprats, mais les quantités de déchets qu’elles transportent sont visibles à chaque averse. Michel Charpentier, président des Naturalistes, suggérait la mise en place de bassins de décantation aux endroits majeurs de déversement de la boue dans le lagon.

Mais l’objectif de l’étude vise bien le maintien de la terre dans les hauteurs. Si le conférencier appelait les services techniques des mairies à la vigilance sur la présence de remblais lors des constructions, pourquoi ne pas interdire les cultures de bananiers ou manioc sur des pentes avoisinant les 50% ? Il en va de la préservation de nos étendues d’eaux, douce comme salée.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

*Le consortium à l’origine du projet regroupe 5 partenaires : le BRGM, le CIRAD, l’IRSTEA, les Naturalistes de Mayotte, et la CAPAM

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