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Crise de l’eau


Malgré un contexte de «Tiers-monde», accueil chaleureux de la ministre des Outre-mer

Publié le mardi 14 mars 2017 à 5:30
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« Nous savions, et nous n’avons rien fait » : tout en assumant sa part de responsabilité, Roukia Lahadji, la maire de Chirongui s’est adressée à Ericka Bareigts en décrivant une situation de « Tiers monde » dans le sud. En face, une ministre qui relativisait.

Un accueil chaleureux, mais la mairie de Chirongui a pesé ses mots

Un accueil chaleureux, mais la mairie de Chirongui a pesé ses mots

La maire de Chirongui avait donné le « la » en réservant un accueil digne de la tradition mahoraise à Ericka Bareigts dans sa commune de Chirongui. Mais, tout élue apparentée socialiste qu’elle est, elle n’a pas mâché ses mots. Elle a donc fait du « Roukia », en expliquant à la ministre que la « crise de l’eau s’est transformée en guerre de l’eau », et qu’à Mayotte, « territoire de la République française, c’est une chronique du Tiers monde que nous subissons. »

L’élue a décrit le quotidien de ses administrés « qui depuis bientôt deux mois, subsistent sans cette ressource vitale », et déplore « l’accès trop onéreux » à des bouteilles d’eau et leur pénurie sur les rayons des magasins.

Un courage des habitants salué par la ministre, mais qui n’a pu que rappeler son Plan d’urgence de l’eau, et les 77 millions d’euros financés par le Contrat de projet, cofinancé par l’Union Européenne, le Fonds exceptionnel d’Investissement du Ministère des Outre-mer, et un prêt de 46 millions d’euros auprès de la Caisse des Dépôts. Ce sont 13 millions d’euros qui sont programmés sur 2017.

« Pas de dégradation sanitaire »

Pub pour la 4G aux côtés de rampes d'accès à l'eau à Chirongui

Pub pour la 4G aux côtés de rampes d’accès à l’eau à Chirongui

Outre une exceptionnelle sécheresse qui ne voit son équivalent qu’en 1946, selon la ministre, la faillite des élus locaux qui ont la compétence de l’eau a été assumée par Roukia Lahadji : « Nous n’avons pas été capables d’anticiper cette crise. Nous savions et nous n’avons rien fait. » Plus tard, elle nous confiera : « Je n’aurais jamais du déléguer sans vérifier. Et nous avons fait pareil pour les écoles avec le SMIAM! »

Et l’impact de cette négligence sur l’eau est direct sur les écoles, « qui n’ont pas repris leur fonctionnement normal, de nombreuses entreprises sont à l’arrêt, les problématiques sanitaires sont alarmantes. »

Une sincérité qui n’a pas trouvé le même écho en face avec une ministre des Outre-mer qui relativisait : « Il n’y a pas de dégradation sanitaire ici. » Or, la surveillance épidémiologique de l’ARS confirmait une augmentation des cas de diarrhées dans les régions Centre et Sud, par rapport à celles du Nord. Une habitante de Dembéni, cadre dans une collectivité, nous confiait avoir attrapé un virus lié à la dégradation sanitaire de la commune.

Un tanker qui se fait attendre

Les habitants partagés entre fatalisme et désirs de bénéficier des services publics

Les habitants partagés entre fatalisme et désirs de bénéficier des services publics

Les habitants ne sont pas vindicatifs, ils répètent à l’envi « Inch Allah » en regardant le ciel. Mais, si beaucoup expliquent « nous avons pris l’habitude d’avoir de l’eau un jour sur deux maintenant », certains nous confient leur ras le bol : « Je suis déçu par le discours de la ministre », critique Mourchidou de Tsimkoura, « si les millions annoncés sont vraiment investis dans l’eau, ça ira pour l’avenir, mais pour l’urgence, on a quoi ?! »

Pour Nadhoimati, de Malamani, le plus pénible, c’est la scolarité altérée de ses enfants : « Ils sont CE2 et CM2, et ne vont en classe que 2 heures le matin, et 2 heures l’après-midi. Ce n’est pas suffisant à leur âge, et surtout, ils ne sont plus concentrés après la coupure de 9h à 13h30. » Elle a néanmoins confiance en la ministre, « si j’ai bien compris, elle a dit que tout serait réglée avant la saison sèche. »

Mais tout sera-t-il réglé justement ? Le tanker dont beaucoup critiquent la venue, préférant que les millions d’euros débloqués partent dans des infrastructures pérennes, est annoncé à une date constamment repoussée. En une après-midi, il a été décalé de deux mois, et on parle maintenant de juin.

« La ministre a expliqué aux habitants que des travaux étaient nécessaires à La Réunion pour déverser l’eau dans le tanker, mais aussi à Mayotte pour le décharger », explique Roukia Lahadji. Elle rapporte au JDM que lors des échanges à huis clos avec les habitants en fin d’après-midi, ces derniers avaient interpellé la ministre sur la perturbation de la scolarité, sur la situation compliquée pour les séniors et les personnes handicapées. « Un chef d’entreprise du BTP a dit son incompréhension de ne pouvoir utiliser l’eau de la rivière qui passe devant chez lui, ou celle de son puits. »

Pas de choix à très court terme que d’espérer que la pluie tombe, Inch’Allah !

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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