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MUMA : Il était une fois… Dieu dans le conte

Publié le dimanche 8 novembre 2015 à 15:30
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Comment un simple conte peut véhiculer les valeurs de l’islam et séduire son auditoire pour le guider vers la religion… C’est le sujet qu’avait choisi de développer pour le MUMA le chercheur Mlaïli Condro.

Mlaïli Condro à la recherche des stigmates de l'esclavage dans les contes

Mlaïli Condro, au départ,  à la recherche des stigmates de l’esclavage dans les contes

Le « MUMA », le Musée provisoire de Mayotte, s’offrait une belle conférence pour inaugurer ses « samedis du musée ». Est-ce un défaut de communication du conseil départemental ? Peu de monde s’était en tout cas déplacé pour assister à la conférence du docteur en langue Mlaïli Condro « Des contes des îles de la Lune et l’islam ».

Un intitulé qui accréditait de suite l’existence d’un lien entre conte et religion. Il s’avérait même au fil de la démonstration que ce lien était prégnant, beaucoup plus même que dans les contes occidentaux où il est latent. Profitons-en, les voix du conte sont pénétrables.

C’est par son thème de prédilection, l’esclavage et ses non-dits à Mayotte et dans les Comores, que Mlaïli Condro avait attaqué son étude des contes, « pourquoi à La Réunion, les contes l’évoquent et pas à Mayotte ? ».

A la recherche de ces stigmates, c’est en s’intéressant aux « déchets », à ce qui semble invisible dans le récit, que le chercheur a découvert l’évocation des souffrances de son peuple, « le silence n’était qu’apparent » : « le djinn, mot arabe, apparaît dans le conte sous les traits d’un bel arabe, alors que les autres personnages sont de type négro africain. On voit là que le maître a imposé sa religion, ses références arabo musulmanes pour réorienter l’idéologie du conte ». Dans  « Moussa et l’anneau du sultan », des « Contes inédits de Mayotte », on parle d’un sultan « blanc et beau comme un arabe ».

Le naufrage par le rizContes inédits de Mayotte

Pour le conférencier, le conte apparaît donc là comme un outil de prosélytisme envers les jeunes, qui débouche sur une vision organisée du monde, « et pour les comoro-mahorais, c’est donc celle de l’islam. Le conte devient un récit quasi sacré ».

Au point que Mlaïli Condro rapporte une citation, « le conte est un mensonge, celui à qui on le dit ne le discute pas, sinon il est livré à l’enfer », un parallèle, osé?, avec le Coran, sourate 5 verset 10, « ceux qui ne croient pas sont des gens de l’enfer ». Le blasphème n’est pas loin, comme le faisait remarquer une personne dans le public… « Pas si le conteur est conscient des valeurs sacrées qu’il défend », répondait le chercheur.

Pas besoin d’avoir lu toute la série des « Contes de la destinée », pour comprendre que le conte est un pacte merveilleux entre le conteur et son auditoire. Mais toujours relié à une notion religieuse pour Mlaïli Condro qui devient conteur de la Légende de Saziley : « un roi voulait marier sa fille, et pour marquer ce grand jour, chercha un moyen pour que les invités n’aient pas à toucher la terre ferme. Il répandit du riz blanc. Or, Allah qui ne tolère ni l’excès, ni l’ostentation, ni l’arrogance, fit en sorte que tous se noient ». L’îlot de sable blanc est censé témoigner de la véracité de cette intervention du Dieu unique.

Le riche arrogant et le pauvre endurant

Mlaïli Condro : "On attend de l'humilité, de la générosité"

Mlaïli Condro : « On attend de l’humilité, de la générosité »

Le contenu du conte est toujours étudié pour qu’éléments positifs et négatifs aident à adhérer au sens : « s’y côtoient djinns, sultans, vizir, le pauvre endurant qui accepte sa condition, le riche arrogant, l’orphelin, la pauvre vieille, la jeune fille dédaigneuse, le beau prince arabe… » Un inventaire qui colle aux contes occidentaux… « Le christianisme a investi l’espace du conte pour rappeler que le bien triomphe toujours du mal. »

La logique est facile, « on attend de l’humilité, de la générosité, il faut aider les pauvres, les Mahorais ont grandi avec ça », mais Mlaïli Condro va plus loin, « on nourrit l’orphelin aussi pour ses effets bénéfiques personnels, dans l’idée qu’un bienfait n’est jamais perdu. » Alors, le conte en véhiculant la religion islamique du maître, contribue-t-il à maintenir son auditoire en esclavage ? Mlaïli Condro n’ira pas jusque là.

Les lapins crétins ont gagné sur les lapins malins

Il voit par contre dans le conte un outil : l ’islamisation, « marquée par la domination », ne pouvait pas se contenter de l’école coranique, « il faut d’autre motivations », et la séduction par le conte et les valeurs qu’il induit en fait partie, « en adhérent par le cœur, l’idéologie donne un sens à la pensée. »

Il déplore avec humour que l’islam n’a plus besoin de contes aujourd’hui, « le prosélytisme revêt d’autres formes, comme les médias. D’ailleurs les enfants d’aujourd’hui préfèrent les lapins crétins de la télé plutôt que les lapins malins du conte ! »

Un lien absolu conte-religion, qui semble plus flagrant dans les contes comoro-mahorais qu’occidentaux, mais qui ne satisfaisait pas tout le monde. En témoigne la remarque de Soidiki Assibatu, professeur de français et chercheur : « nourrir l’orphelin n’est pas seulement une valeur de l’islam ! » Pour Mlaïli Condro, il ne s’agit que d’éléments qu’il nomme polyphoniques plutôt animistes, « mais qui sont englobés dans un monothéisme qui chapeaute l’ensemble du récit. »

Les contes qui ont bercé notre enfance nous ont façonnés, conditionnés, ont instillé durablement nos notions du bien et du mal. Il suffit de voir le film « Into the woods » (Promenons nous dans les bois), où les princes charmants ne le sont plus tout à fait, où les jeunes filles naïves ont évolué, et où l’intérêt personnel dévoie toute transmission de valeurs, pour s’en rendre « conte ».

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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