Politique Société Economie Education Faits Divers Océan Indien Environnement Santé Loisirs Sport


Social


Peut-on soigner les souffrances par la pratique artistique ?

Publié le samedi 11 novembre 2017 à 6:00
Aucun commentaire

Pas évident de répondre à cette question en découvrant les premières images des enfants soldats du film « Congo paradisio ». La projection était proposée par les Céméa dans le cadre d’un ciné-débat, « La pratique artistique, un levier thérapeutique ? »

Affiche congo paradisioIls ont fait la guerre comme des adultes, et pourtant, ce ne sont que des enfants. Il s’est engagé très jeune chez les Maï-Maï pour venger la mort de ses parents, puis a été vendu à l’armée du Burundi. Il a tué, a vu la mort de prés. Surnommé « chien méchant », il devient quelques années plus tard animateur de théâtre, pour guérir : « Le théâtre m’a appris à ne pas avoir peur des autres, à échanger ». Le Congo paradis ou enfer?… Le film documentaire « Congo paradisio » de Benjamin Geminel nous fait entrer dans plusieurs réalités.

Au centre qui les accueille, une metteure en scène d’une nationalité qui était accolée à celle du Congo jadis, la belge Frédérique Lecomte, leur fait rejouer les scènes de violence. Au début du film, on est gagné par un sentiment de malaise, presque d’indécence, entre le monde d’hyper violence qu’ils ont pu connaître et la légèreté apparente du théâtre. Mais la force de persuasion de la cinéaste et les rires des enfants, puis leurs confidences l’emportent.

« Mécène » a intégré les rebelles du M23 à 11 ans, il n’a que quelques années de plus, « et puis j’ai été enrôlé par le colonel Llunga. Un jour, on nous a tiré dessus, j’ai senti une balle passer tout prés de mon oreille, et après, une autre entre mes jambes. Je me suis dit que j’étais trop jeune pour mourir, je me suis enfui ». Un petit s’avance vers la caméra, « le théâtre nous aide à pas trop penser ».

Vies contre minerais

Sylvie Boichot et Dalphine Ahamadi expliquait leur travail

Sylvie Boichot et Dalphine Ahamadi expliquaient leur travail

Pas question d’alourdir le fardeau pour Frédéric Lecomte : « Je refuse d’apporter quelque chose de dur, il faut y mettre de la joie, sinon on rajoute une pierre à la souffrance. » Entre chant et théâtre, les femmes vont évoquer leurs viols, crument, « le but est aussi de faire comprendre que ce qu’il leur est arrivé n’est pas normal ».

Evoquer les paradoxes aussi. Pour la plupart des congolais présents dans ce centre, c’est de leur propre volonté que leur pays est livré aux étrangers pour ses minerais, l’or, le coltan ou la cassitérite, « on ne peut pas refuser de vendre le pays à quelqu’un qui veut l’acheter », alors que d’autres relèvent que le pays est toujours aussi pauvre. Une des scènes finales où les acteurs se moquent de la duplicité de leurs élus et de l’avidité des blancs, reste le clou du film et donc du spectacle.

Une projection proposée par les Céméa à la Bibliothèque de Prêt de Cavani, avec un thème de débat : « La pratique artistique, un levier thérapeutique ? ». Avec l’appui de deux invités, Sylvie Boichot, coordinatrice du Service prévention Récidive en milieu carcéral à M’lezi Maoré, et Dalphine Ahamadi, la douée comédienne vedette d’Ariart Théâtre.

La vérité par le mourengué

Une dernière image de fleurs aux fusils

Une dernière image de fleurs aux fusils

Pas de comparaison dans le degré de violences entre les enfants soldats et les jeunes à Mayotte, même si certains ont connu le viol, d’autres les traversées périlleuses en kwassa. En tout cas, un trait commun, « un quotidien mal vécu », résume Dalphine Ahamadi. Qui a proposé un Mourengué de la poésie à deux bandes rivales des villages de Passy Keli et de Mbouini, au sud de l’île. Il s’agit de se battre à coup de mots, « des mots de haine qu’ils ont du écrire sur des petits bouts de papier ».

Il en est ressorti, que les jeunes s’entraidaient à l’école, mais que le conflit, issu d’un ressenti entretenu dans les foyers, « par les grands mères parfois », reprenait le dessus hors de l’enceinte scolaire. Loin d’être un élément marginal, « la culture est là pour réconcilier », résume la comédienne.

Du côté de Mlézi, l’expérience des ateliers d’arts plastiques en milieu carcéral, a permis d’exposer les œuvres des détenus au CDTM le mois dernier, « l’objectif est de reprendre confiance en soi, pour arriver à une estime de soi ». Alors qu’un détenu « particulièrement nerveux », s’évertuait à produire une œuvre particulièrement minutieuse, il lâchait, « tenir le pinceau, ça m’enlève les nerfs ».

C’est enfin la surprise d’une maman d’un jeune de Kani Bé, qui avait perdu tout espoir sur l’éducation de son fils de 15 ans. Un fils qui a suivi pendant deux mois les ateliers animés par Dalphine Ahamadi : « Cette maman est arrivée un soir pour nous expliquer elle ne reconnaissait plus son fils, qui s’était amélioré jusque dans la façon de s’adresser à elle. »

Une pratique artistique que les parents devraient donc encourager et non considérer comme marginale selon les intervenantes.

A.P-L.
Lejournaldemayotte

Tagged under , , , ,
Laissez un commentaire sur l'article

Réagissez

Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire.



L'ACTUALITE EN BREF
HIER Votre agenda du week-end
HIER Nouvelle vague de violences ce vendredi matin au lycée de Kahani
HIER Mayotte se prépare à un exercice cyclonique la semaine prochaine
HIER Mayotte En marche avec les Outre-mer
2 jours Berguitta : scènes de dévastation à la Réunion
2 jours Coupure d’eau à Ouangani à la suite d’une casse
2 jours Et si vous deveniez animateur sportif ?
2 jours Air Austral compte sur une réouverture des aéroports de La Réunion ce vendredi
2 jours Hausse des prix de 0,2% en décembre

MAGAZINE
Rotary VIH
Le Rotary Club offre 1500€ pour la lutte contre le VIH à Mayotte. L’association nous a ouvert ses portes


CARNET DE JUSTICE
L’élection de Ramlati Ali annulée par le Conseil Constitutionnel
Dealers de bangué « c’était ça ou voler »
Quatre ans ferme pour le chef d’un réseau de kwassas
Deux grévistes de MayCo échappent de peu à la prison
Âgé de 24 ans, il a un bébé avec une collégienne de 12 ans
Une enquête ouverte suite au glissement de terrain fatal à Koungou
Victime de violences conjugales, elle menace de « tuer l’enfant » si son compagnon va en prison
« La paralysie du Tribunal de travail de Mayotte se confirme » pour le Medef Mayotte


PORTRAITS
Djibril Cissé 2
Djibril Cissé « Renvoyer l’ascenseur aux jeunes serait une bonne action »



Peugeot Partner

6 500€

Sun Odyssey 45.2

Baisse de prix
65 000€

Offre d'emploi

RESPONSABLE COMPTABLE ET FINANCIER


LA METEO A 5 JOURS
météo
28°
26°
tiempo.com  +info

JDM EN PDF


L'AGENDA
Pas de Évènements


HORAIRES DES BARGES
Petite terre - Quai Issoufali
  • Toutes les 1/2 heures
    de 05h30 à 20h00
  • Toutes les heures
    de 20h00 à 00h00
Grande terre - Gare maritime
  • Toutes les 1/2 heures
    de 06h00 à 20h30
  • Toutes les heures
    de 20h30 à 00h30

LE JOURNAL
SUIVEZ NOUS
LE JOURNAL