Politique Société Economie Education Faits Divers Océan Indien Environnement Santé Loisirs Sport


Justice


Tribunal : quand la justice doit sauver les jeunes désœuvrés

Publié le mercredi 25 mai 2016 à 11:57
Aucun commentaire

De violentes agressions avaient eu lieu devant le collège de Bandrélé le 22 janvier dernier. Un jeune avait été interpellé par la gendarmerie pour avoir porté des coups. Un couteau était retrouvé dans son sac à dos. M.A. se retrouvait à la barre aujourd’hui, pour répondre de ses actes et de ses paroles, assimilables à une apologie du terrorisme.

Guide des infractionsC’est un jeune désœuvré qui doit répondre de trois chefs d’accusation : « cela fait trois ans que je ne fait rien », avouera-t-il au juge Philippe Ballu qui préside l’audience collégiale. « De quoi vivez-vous ? », s’enquiert-il-« De bricoles ? »-« Régulières ? »-« Oui ».

Il le raconte sans difficulté, mais sans arrogance : « J’étais alcoolisé depuis la veille, et, en me réveillant, j’ai bu 8 bières, et avec un ami, nous avons ensuite picolé une bouteille de vodka dans la mangrove. » C’est donc dans un état éthylique avancé, « prés de 2 grammes en pleine journée », qu’il arrive devant le collège de Bandrélé, « j’avais entendu qu’une bagarre y serait lancée entre ceux de Dapani et de M’tsamoudou. »

Sur place, il interpelle un médiateur, comble de l’ironie, sur la sécurisation défectueuse de l’établissement, « et alors que vous aviez un couteau dans votre sac ! », relève le juge. La sécurité sera malgré tout efficace mais il donne du fil à retordre au collège : « Une bagarre a éclaté, mais vous dites que ce n’était rien, ‘on faisait les coqs’. Mais vous allez griffer au visage et mordre à la joue gauche le médiateur qui s’interpose, son tee-shirt est d’ailleurs déchiré. » Il mord aussi son binôme plusieurs fois aux poignets.

Leçon de terrorisme

Le vice-procureur Philippe Leonardo arrivé à Mayotte début janvier également officiellement installé

Le vice-procureur Philippe Leonardo

Le principal du collège relate que le jeune tente de pénétrer dans l’établissement à coup de caillassage, et il se fait même interpeller par son prénom : « Il a dit qu’il connaissait ma femme et mon fils, ‘tu vas voir !’, s’est-il exclamé, en mimant du pouce le long du cou, l’intention de trancher une gorge. » M.A. relativisera plus tard, lors de son audition par les gendarmes, « c’est le geste que j’ai vu dans le film ‘Transporteur’ ».

Mais sur le moment, c’est quelqu’un de déchainé qui est interpellé par les forces de l’ordre : « Vous aviez crié ‘je suis djihadistes, je suis allé en Syrie, j’étais dans toutes les mosquées de Mayotte, je vais te tuer’ ! » Le juge le questionne : « Savez-vous où est la Syrie ? », il ne voit pas, « et ce que font les djihadistes ? », il évite. « Et bien, ils coupent les bras, les têtes et commettent des attentats », explique gravement le juge. La classe de terminale L, option droit du lycée Bamana, présente à l’audience, n’en perd pas une miette.

Ne pas perdre la face

M.A. s’explique sans difficulté devant les gendarmes : « J’ai perdu le contrôle avec la boisson. Et j’ai jeté des pierres pour entrer dans le lycée pour montrer aux autres et à ma copine que je n’étais pas une victime. » « Sauf que cela se termine souvent par des coups de couteau, et même par des décès comme c’est le cas depuis le début de l’année », relève le juge.

Cette attitude, le vice-procureur Philippe Léonardo ne la supportera pas et laisse éclater sa colère : « Vous vouliez montrer que vous étiez un homme, c’est ça un homme pour vous ?! Votre copine doit avoir une belle image de vous, quelqu’un qui détruit le travail mené au sein d’un établissement scolaire ! Un homme, c’est quelqu’un qui respecte les autres, surtout devant son petit frère, scolarisé dans l’établissement. Vous avez de la chance de ne pas avoir été jugé en comparution immédiate, car je vous aurais condamné à de la prison ferme ! »

Trois affaires en un mois

Depuis, M.A. fait état de problème familiaux, « je me suis enfui de chez moi la semaine dernière. » Il avouera qu’il a déjà tenté une vaine cure de désintoxication à l’alcool à l’hôpital, sans que l’on en connaisse les conditions précises, son casier judiciaire est vierge.

Pas pour longtemps, « en un mois, trois affaires vous mettent en cause dans des faits de violence. » Deux d’entre elles concernent ses méfaits au collège de Bandrélé, une troisième, moins importante, sera jugée au tribunal de police.

Le procureur avait demandé 10 mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pendant 2 ans. Questionné sur son accord pour travailler dans une association, M.A répondra un « oui » massif, comme un soulagement que la justice vienne de donner un sens à sa vie.

Le jugement sera un peu moins sévère : M.A. est condamné à 8 mois de prison avec sursis avec obligation de se soigner, l’interdiction d’approcher tous les établissements scolaires, l’interdiction de détenir une arme, « chombo ou tournevis », l’obligation de se former ou de travailler, et 160 heures de travaux d’intérêt général sur 18 mois. En cas de dérapage, ce sera donc Majicavo : « C’est à la fois une main tendue, et un coup de pied au fesse », résume Philippe Ballu.

A.P-L.
Le Journal de Mayotte

Tagged under , , ,
Laissez un commentaire sur l'article

Réagissez

Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire.



L'ACTUALITE EN BREF
10:32 Entretien des routes: Mamoudzou a investi 5,7 M€ en 3 ans
9:10 Malgré l’absence de ramassage scolaire, le lycée du Nord est ouvert, rappelle son proviseur
4:30 Le collectif des citoyens de Mayotte s’associe à la grève du 20 février sur fond de guerre syndicale
4:15 Insubordination chez les policiers pour manque de moyens
3 jours Un appel à projet sur l’alimentation-nutrition-sport-santé : « Bien manger et bouger à Mayotte »
3 jours Changement d’adresse mail à la Caisse de Sécurité sociale
3 jours Hommage solennel aux militaires de la gendarmerie décédés dans l’exercice de leurs fonctions en 2017
3 jours Avec une nouvelle intersyndicale de l’Education, trois dates de mobilisation contre les violences
3 jours Kahani : Petite réunion pour une grande décision attendue ce vendredi

MAGAZINE
Le Cros est en charge de ce projet financé par l'Etat
Entre sport et santé : une évidence sur ordonnance


CARNET DE JUSTICE
Les juristes se mobilisent pour une justice plus proche des « plus défavorisés »
Le voleur récidiviste accuse « Belmondo » et prend 10 mois
Mouvement des magistrats ce jeudi contre les projets de réforme de la Justice
Accident mortel : deux ans avec sursis pour le conducteur fautif
« Look-like », ces escroqueries par centaines qui empoisonnent les compagnies aériennes
Sur Facebook, des gendarmes outragés… par un de leurs collègues
Violences conjugales : des « faits horribles » et « une pression monstrueuse »
Devant les juges, il se touche le sexe et part en prison


PORTRAITS
Joachima salimé portrait
Joachim Salime, une « tête bien faite »



Peugeot Partner

6 500€

Sun Odyssey 45.2

Baisse de prix
65 000€

Offre d'emploi

RESPONSABLE COMPTABLE ET FINANCIER


LA METEO A 5 JOURS
météo
29°
26°
tiempo.com  +info

JDM EN PDF


L'AGENDA
Pas de Évènements


HORAIRES DES BARGES
Petite terre - Quai Issoufali
  • Toutes les 1/2 heures
    de 05h30 à 20h00
  • Toutes les heures
    de 20h00 à 00h00
Grande terre - Gare maritime
  • Toutes les 1/2 heures
    de 06h00 à 20h30
  • Toutes les heures
    de 20h30 à 00h30

LE JOURNAL
SUIVEZ NOUS
LE JOURNAL