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Justice


Victime de violences conjugales, elle menace de « tuer l’enfant » si son compagnon va en prison

Publié le mercredi 10 janvier 2018 à 13:27
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Un compagnon alcoolisé et violent qui goûte les cocktails des clients du bar où il travaille, une victime enceinte qui ment et menace de tuer son bébé, c'est une affaire déplorable qui a occupé le tribunal ce mercredi matin.

Philippe Ballu intègre le cabinet d'Hakim Karki

Le président Philippe Ballu

Le 23 avril dernier, ce serveur travaillant à Mamoudzou rentre tard chez lui. Alors qu’il a fini son service vers 2h du matin, il rentre à passé cinq heures, totalement ivre. Le soir, au commissariat, on lui décèlera presque un gramme d’alcool dans le sang.
A son arrivée à la maison donc, sa compagne l’attend de pied ferme. Enceinte de huit mois et demi, elle lui avait demandé de rentrer plus tôt. Elle s’énerve et l’enferme dehors. L’homme, alcoolisé, défonce la porte et une dispute violente s’ensuit, qui nécessite l’intervention de voisins qui préviennent la police. A l’arrivée des fonctionnaires, la femme enceinte présente un cocard, mais refuse de porter plainte. C’est la propriétaire du logement endommagé qui déclenche l’action judiciaire.
Dans la colère, la victime affirme que son compagnon, qu’elle connaît depuis un an à peine, l’a frappée au visage. Elle affirme qu’il a fait pression sur son ventre avec ses genoux en criant « c’est aujourd’hui que tu vas accoucher » et explique aux policiers qu’elle a cru qu’il voulait tuer l’enfant. Lui, nie fermement en garde à vue.
Des propos qu’elle réitère en confrontation, avant de se raviser ce mercredi au tribunal. « J’ai dit ça car j’étais en colère » se défend-elle.

Mais le coup au visage a bien été porté, et le prévenu comparaissait pour ce fait de violence. « Je suis un homme, je n’ai pas retenu mon coup » avait-il clamé devant les policiers, affirmant toutefois qu’il répliquait à des coups de ceinture de la future maman. Selon la propriétaire, le serveur était habitué des violences et de l’alcool. Lui explique boire en sortant du travail et parfois au travail. « Quand je fais un cocktail, parfois je goûte » expliquait-il dans la procédure.
« Votre compagne porte un enfant, vous rentrez tard et totalement ivre, vous ne trouvez pas normal qu’elle vous fasse des reproches ? lui demande le président Ballu. Frapper une femme enceinte de toute sa force, c’est normal ? Elle l’a cherché ? tonne-t-il. »

 » Il est habituel que les victimes de violences conjugales ne portent pas plainte. « 

« Ce n’est pas normal », soupire l’homme à la barre.

De son côté, la victime en plus d’avoir menti sur une partie des violences, a affirmé qu’elle se suiciderait et tuerait l’enfant si l’homme allait en prison. Une tentative de faire annuler la procédure qu’elle confirme au tribunal, où elle a refusé de se constituer partie civile.

Dans sa plaidoirie, le bâtonnier Nadjim Ahamada remet en cause le fonctionnement de l'autorité judiciaire à Mayotte

Le bâtonnier Nadjim Ahamada tente une défense pour le moins risquée.

« On comprend le conflit de loyauté, analyse le procureur Camille Miansoni. Il est habituel que les victimes de violences conjugales ne portent pas plainte. Mais ça ne change rien à la gravité des faits ni à la nécessité de réprimer ces violences. La préoccupation de la société, c’est de signifier sa désapprobation de ces actes avec une mise en garde solennelle. » Il requiert trois mois avec sursis et obligation de soins.
Pour défendre le prévenu, l’avocat Nadjim Ahamada tente une sortie maladroite avant de tenter de convaincre les magistrats que trois mois avec sursis était une peine trop élevée pour les faits reprochés. « Nous les hommes, c’est compliqué, on peut prendre tous les coups mais il suffit d’en rendre un pour passer pour un mari violent, arrêtons avec les aprioris. »
« Je ne cautionne pas » a réagi le procureur, suivi par le président qui a rappelé que « si vous êtes battu, vous pouvez aussi porter plainte ».
Au lieu d’une « mise en garde », et peut-être un peu agacé par cette défense qui semblait justifier le recours à la violence, le tribunal a opté pour un message bien plus fort que celui requis par le procureur. Il a prononcé une peine de dix mois avec sursis, une « peine exemplaire » au regarde de la « gravité des violences ».

Y.D.

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