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Face à une montagne de déchets électriques et électroniques, le coup de gueule du SIDEVAM

Publié le jeudi 8 décembre 2016 à 17:01
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Des masses de télévisions, de lave-linges et d’équipements électriques et électroniques usagés s’entassent à Mayotte faute d’être exportés pour être recyclés. Le SIDEVAM dénonce sans détour la crise que connaît une filière pourtant essentielle pour notre environnement.

La masse impressionnante de D3E qui s'entasse à Mayotte

La masse impressionnante de D3E qui s’entasse à Mayotte

Le syndicat chargé de la collecte et du traitement des déchets à Mayotte, le SIDEVAM 976, sort l’artillerie lourde. Il vient d’adresser à la presse un dossier précis et argumenté sur la «situation chaotique» que connaît «depuis plusieurs semaines», la collecte des «D3E» à Mayotte, les déchets d’équipements électriques et électroniques.

Car la situation devient critique et le syndicat est souvent montré du doigt, à tort. Dans son communiqué, le syndicat explique qu’«aux yeux de la population et de certains élus municipaux, le SIDEVAM976 est désigné comme étant le responsable de cette situation. Or cela relève de l’entière responsabilité d’Eco-système, l’organisme désigné et agrée par le ministère de l’environnement pour gérer cette mission».

Joint par le JDM, Denis Chopin, le DGS du SIDEVAM enfonce le clou: «Quand il y a un problème avec les déchets et que nous sommes responsables -ça arrive- on assume. Mais là, ce n’est pas le cas. Il y a un gros effort des communes et du syndicat pour collecter ces déchets», explique-t-il. «On a trois sites pour stocker les D3E, à Dzoumogné, Malamani et un autre aux Badamiers. Sur Petite Terre, par exemple, notre site déborde. On ne sait plus où mettre les déchets et ça ralentit la collecte».

Des déchets nuisibles

Les D3E sont des déchets considérés comme dangereux. Dans nos équipements électroménagers, on trouve des matériaux recyclables, ferraille, plastiques, verre, mais aussi des composants nuisibles comme du mercure, des PCB, piles et accumulateurs. C’est d’ailleurs la nécessité d’un traitement particulier de ces déchets qui a conduit la France à mettre en place une gestion spéciale des D3E, très encadrée par des directives, nationales ou européennes.

A Mayotte depuis 2010, cette gestion a été confiée à un éco-organisme agréé, Eco-systèmes, par le ministère de l’environnement. Ce dernier sous-missionne, à son tour, une entreprise locale «Enzo recyclage» pour le ramassage, le conditionnement et l’empotage des conteneurs. Mais c’est bien Eco-système qui continue à avoir la responsabilité de leur exportation.

Les lieux de stockages pour les D3E totalement congestionnés (Photos: SIDEVAM 976)

Les lieux de stockages pour les D3E totalement congestionnés (Photos: SIDEVAM 976)

«Au mois d’octobre, on a eu une reprise des exportations pendant quelques jours mais on n’avait rien eu depuis le mois de juillet», dénonce Denis Chopin. Le problème serait en réalité bien plus ancien et remonterait même à 2013.

Les conséquences d’un choix industriel

Selon la règlementation, l’exportation de ces déchets doit s’opérer uniquement au sein du territoire français. «Début 2013, Eco-système avait commencé à exporter vers la métropole. Mais, l’exportation s’est arrêtée très rapidement car l’acheminement semble coûter trop cher à l’éco-organisme au regard du gisement local, peu signifiant», explique le SIDEVAM.

«Eco-système bloque parce qu’il ont fait un choix industriel. C’est le fond du problème. Ils ont investi dans un centre de traitement à La Réunion et ils veulent le rentabiliser. Mais depuis un an et demi, ils n’ont pas réussi à obtenir les autorisations pour exporter ces déchets de Mayotte vers La Réunion. Ils sont donc contraints d’envoyer ces déchets en métropole», précise Denis Chopin.

Les conséquences sur la nature et les hommes

En attendant, le stockage de ces déchets «dépasse toutes les capacités» prévues à Mayotte, avec plusieurs tonnes de déchets qui s’entassent y compris chez Enzo-recyclage qui attire d’ailleurs, lui aussi, l’attention des acteurs locaux sur la congestion des espaces autorisés au stockage. «On en est à organiser des décharges sauvages pour faire face au flux», rajoute Denis Chopin.

Alors que les conséquences sur l’environnement (avec par exemple des écoulements d’eaux polluées dans le lagon) et pour la santé humaine (avec la prolifération de rats et de moustiques sur les lieux de stockages) sont évidentes, le SIDEVAM s’inquiète aussi que ces stocks attirent de nombreuses personnes dont des enfants, venues se servir de différents déchets, potentiellement dangereux.

Des solutions existent

Face à la situation, «le Sidevam a tenté à plusieurs reprises (réunions, mails, téléphones…) de trouver une solution avec Eco-système afin de reprendre la collecte et l’exportation», explique le syndicat. Le président du SIDEVAM a également alerté la DEAL et même les parlementaires. «En retour, Eco-système s’est proposé d’acquérir un terrain de stockage provisoire et de reprendre la collecte le 24 octobre dernier au plus tard. A ce jour, la reprise de la collecte n’a pas été effective»…

Des solutions locales pourraient également être envisagées. Par exemple, ces déchets pourraient être démantelés sur place. Les éléments recyclables seraient séparés des déchets potentiellement dangereux. Cela simplifierait les exportations et créerait de l’emploi. Mais il faudrait, pour cela, qu’Eco-système se soucie sérieusement de la situation à Mayotte.

RR
www.lejournaldemayotte.com

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