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Face aux blocages, Int’Air Îles prête à se séparer de son A320 pour sauver son modèle économique

Publié le lundi 2 janvier 2017 à 5:30
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L’A320 comorien entre Mayotte, Moroni et Pierrefonds, c’est peut-être fini… avant même les vrais débuts commerciaux. Les tensions entre la France et les Comores pourraient avoir eu raison du projet. Le ministre comorien des affaires étrangères en a parlé à l’ambassadeur de France vendredi dernier.

L'A320 d'Int'Air Îles

L’A320 d’Int’Air Îles

C’était un bras de fer entre deux compétiteurs de force très inégale. D’un côté, la France et la compagnie aérienne réunionnaise Air Austral. De l’autre, les Comores et l’ambitieuse Int’Air Îles qui imaginait pouvoir changer de dimension… Le vainqueur était connu à l’avance. C’est du moins ce que l’on pense du côté d’Int’Air Îles alors que la compagnie comorienne est toujours confrontée à l’impossibilité d’utiliser son dernier appareil sur les pistes mahoraises et réunionnaises.

Jusqu’à présent, Int’Air Îles exploitait des petits avions à hélices, quatre Cessna et un Let, des appareils permettant de transporter de 5 à 19 passagers, entre les 4 îles de l’archipel et Madagascar. Mais le 4 décembre dernier, la compagnie a reçu un nouvel avion censé ouvrir une ère nouvelle pour l’entreprise. Il s’agit d’un Airbus A320-200, avec une capacité de 150 places, loué à la société sud-africaine Global Airways.

L’appareil devait opérer une liaison hebdomadaire, le vendredi, entre Mayotte et Moroni, puis Pierrefonds. Une deuxième rotation hebdomadaire était programmée pour la fin du premier trimestre 2017. Int’Air Îles devait également établir des liaisons régulières, au départ de Moroni, vers Dar es-Salaam (Tanzanie), Maurice et Dubaï. Cette fois-ci, la compagnie se donnait les moyens de changer de dimension.

Pas d’autorisation commerciale

Seulement, l’histoire ne sera pas celle-là. Côté français, on parle d’amateurisme dans la préparation du dossier. Côté Comorien, on dénonce des choix destinés à protéger un marché et une compagnie française.

Le 1er avion Let acheté au gouvernement comorien par Int'Air Îles

Le Let exploité par Int’Air Îles

De fait, les décisions de la direction générale de l’aviation civile (DGAC) française ont peut-être eu raison de l’aventure. Ce dimanche, Int’Air Îles affirmait n’avoir toujours pas obtenu les autorisations commerciales pour exploiter la liaison vers Pierrefonds (La Réunion) au départ de Moroni. Même chose vers Mayotte… alors que l’appareil est basé à Pamandzi. La validation technique étant acquise, l’absence de feu vert commercial empêche le lancement de l’exploitation des deux liaisons avec des passagers.

Rendre l’Airbus

Néanmoins, l’A320 a débuté une partie de son programme. Les vols vers Dar Es-Salaam sont bel et bien opérés mais l’axe n’est pas suffisant pour rentabiliser l’appareil. Le contrat de location, d’une durée d’un an, se monterait à environ 200.000 dollars. Exploiter les lignes Mayotte-Moroni et Moroni-Pierrefonds est donc essentiel à l’équilibre financier de l’opération et même à la survie de l’entreprise. «On risque de fragiliser l’ensemble de l’existant», explique au JDM un cadre de l’entreprise.

Conséquence, Int’Air Îles serait déjà en négociation avec le loueur sud-africain pour casser le contrat et ainsi restituer l’appareil… Moyennant des pénalités. Les choses devraient même aller assez vite. Si rien ne change, l’Airbus A320 pourrait, selon nos informations, retourner en Afrique du Sud dès cette semaine.

L’ambassadeur de France interrogé

Les choses pourraient-elles néanmoins évoluer? Int’Air Îles l’espère encore. Selon nos informations, l’ambassadeur de France a été reçu par le ministre des affaires étrangères comorien vendredi. La partie comorienne a fait valoir ses arguments face au refus de la DGAC.

Baptême de l'A320 d'Int'Air Iles sur le tarmac de l'aéroport

Le baptême de l’A320 d’Int’Air Iles sur le tarmac de Mayotte le 4 décembre dernier

Dans son courrier du 22 décembre, l’aviation civile reprochait à Int’Air îles de réaliser des liaisons franco-françaises (Mayotte-Réunion via Moroni). Dans le secteur aérien, cela s’appelle du «cabotage», ce que les accords franco-comoriens interdisent. La DGAC s’étonnait que les deux parties du voyage soient réalisées avec un unique numéro de vol. Depuis, Int’Air Îles a revu sa copie mais n’a toujours pas eu de retour des autorités françaises.

Partie remise?

Quant à l’argument de la sécurité, Int’Air Îles affirme qu’il n’en est pas un. Si la DGAC met en avant le risque terroriste, du côté d’int’Air Îles, on se dit prêt à déployer un dispositif de sécurité comparable à celui mis en place par Ewa et Air Austral, avec des contrôles supplémentaires sur le tarmac.

A l’issue de l’entretien avec le ministre des Affaires étrangères comorien, l’ambassadeur de France a promis de «transmettre à Paris»… Pas sûr que les choses bougent assez rapidement pour la petite Int’Air Îles Air qui pourrait mettre fin à «l’hémorragie» financière rapidement en abandonnant la location de l’A320.
Si l’histoire devait s’acheminer vers un tel scénario, il se pourrait que ce ne soit pas le dernier chapitre. Les dirigeants d’Int’Air Îles semblent bien résolus à écrire une nouvelle page de l’histoire de la compagnie.

RR
www.lejournaldemayotte.com

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