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Centenaire 1914-1918


Il y a 100 ans, la Première guerre mondiale dans l’océan Indien. Episode 4/5

Publié le mercredi 13 août 2014 à 16:54
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Alors que le monde entier commémore le centenaire de la Première guerre mondiale, le Journal de Mayotte vous propose de (re)découvrir le conflit comme l’ont vécu nos ancêtres de l’océan Indien. C’était chez nous, il y a 100 ans.

4e épisode : La fin du conflit et le retour, un nouvel enfer

Un soldat du 7e bataillon malgache en 1916 (Crédits photo: Charles Commessy/ Archives départementales de l’Oise. Tous droits réservés. 5FI_0708)

Un soldat du 7e bataillon malgache en 1916
(Crédits photo: Charles Commessy/ Archives départementales de l’Oise. Tous droits réservés. 5FI_0708)

La joie immense ressentie dans l’océan Indien à l’annonce de la fin de la guerre ne soulage pas le quotidien. La Métropole intégralement focalisée sur la guerre peut difficilement ravitailler ses colonies. A La Réunion par exemple, les pénuries sont nombreuses.

On attend à présent le retour des soldats, il va être long, suivant le rythme des bateaux. Dans quelles conditions se passe ce retour ? Mystère. La tradition orale veut que sur les paquebots, l’ambiance soit tendue. Les bagarres seraient fréquentes entre ces hommes rendus brutaux par le conflit. Tour à tour ouvriers ou soldats, ils ont été profondément changés par leur expérience. Ces récits ne trouvent pourtant aucun écho dans les archives. Il n’existe pas de rapport de justice relatant de telles violences.

Une chose est sûre, la réacclimatation à la terre natale est difficile. Pour les musulmans, qui sont partis depuis plus de deux ans, l’éloignement des coutumes de l’islam et la brutalité imposée par le conflit, fait craindre aux autorités coloniales qu’ils ne véhiculent une image désastreuse de la civilisation occidentale.

La réalité coloniale

C’est surtout le retour à la réalité coloniale qui pose problème, particulièrement à Madagascar et dans les îles de l’archipel des Comores. Souvent, dans l’enfer du front ou sur les travaux qui leur étaient assignés, les «indigènes» ont fraternisé avec les «Européens». Ensemble dans l’épouvante de la guerre, véritables «frères d’armes», ils ont partagé des moments de vie et de désespoir, ils se sont découvert une proximité inédite.

Et le retour aux relations hiérarchiques, en particuliers dans les exploitations agricoles, entre les colons propriétaires et les locaux souvent confinés aux travaux les plus simples, est parfois très mal vécu. Une incompréhension, presque une incongruité, qui fait souvent prendre conscience de «l’anormalité» de la réalité coloniale à l’aube des années 1920.

Une nouvelle crise majeure

Mamoudzou au début du 20e siècle (Crédits photo: Archives départementales de Mayotte. Tous droits réservés. ADM 1Fi 76)

Mamoudzou au début du 20e siècle
(Crédits photo: Archives départementales de Mayotte. Tous droits réservés. ADM 1Fi 76)

Comme si l’ampleur du conflit et des crises économiques et sociales ne suffisaient pas, l’océan Indien s’apprêtent à subir, de plein fouet, une nouvelle crise majeure. Le fléau est parti des États-Unis en 1918. Il a déjà ravagé le monde entier ou presque, il va frapper notre région. La grippe espagnole s’apprête à provoquer une hécatombe inédite.

De retour d’Europe, les soldats qui rentrent, dans un premier temps au compte-goutte, ramènent avec eux le virus. A Madagascar, l’impact va être terrifiant : plusieurs dizaines de milliers de personnes vont succomber, en particulier sur les Hautes-Terres. Une multitude de villages va perdre l’intégralité de ses habitants. En Avril 1919, La Réunion est foudroyée à son tour.

Peut-être 20.000 morts à La Réunion

Tout commence en mars 1919. La Réunion attend l’arrivée d’un cargo, le Madona, qui ramène 1.603 permissionnaires. Mais la bonne nouvelle va se transformer en cauchemar. Dès le 3 avril, les cas de grippe aggravée se multiplient. Le 12 avril, la grippe espagnole a déjà fait au moins 20 morts, le 16 avril, on en compte 62. La semaine de Pâques 1919 sera terrible : on compte près de mille morts à Saint-Denis.

La vie s’arrête. Plus de police, plus de services officiels, plus de médecins. Tous, ou presque, sont malades. Fin avril, l’épidémie commence enfin à régresser mais La Réunion est abasourdie. On ne connaitra jamais le bilan complet de ces six semaines d’épidémie, faute de personnes capables de compter les morts. Les estimations sont terrifiantes : entre 7.000 et 20.000 personnes ont perdu la vie en un mois et demi.
C’est l’autre désastre de la Première Guerre mondiale.

Un surplus d’hommes à Mayotte

Les bateaux des messageries maritimes qui transportent les soldats entre l'océan Indien et Marseille. (Crédits photo: CCI Marseille)

Les bateaux des messageries maritimes qui transportent les soldats entre l’océan Indien et Marseille.
(Crédits photo: CCI Marseille)

Mayotte semble avoir échappé au désastre. On ne trouve nulle trace d’une telle épidémie. En 1919 pourtant, des condamnés politiques malgaches ont été «déplacés» par les autorités coloniales à Mayotte et parmi eux se trouvent des médecins. Ces hommes font consciencieusement leur travail, réalisant même des visites dans les villages reculés de Grande-Terre. Chez nous, on craint plus les épidémies de peste et de choléra, les ravages du paludisme voire la variole. Les rares exemplaires de leurs rapports qui sont parvenus jusqu’à nous ne mentionne pas de vague de décès particulière.

Chez nous aussi, pourtant, le retour des soldats prend un tour particulier. Dans notre île, malgré les morts, il revient plus d’hommes qu’il n’en est parti. Rentrant de Marseille via Madagascar, tous les soldats de l’archipel des Comores doivent transiter par Mayotte. Et certains Grands-Comoriens vont choisir de s’arrêter chez nous et de s’y installer.
Depuis 1914 et le départ de leur terre natale, ils ont compris que les conditions de vie et de travail sont plus dures en Grande Comore qu’à Mayotte où la législation n’est pas la même. En s’établissant dans l’île au lagon, ils espèrent trouver un quotidien plus facile.

Place maintenant à la mémoire. Longtemps, pour les soldats de l’Outre-mer, elle sera défaillante.
RR
Le Journal de Mayotte
avec les Archives départementales de Mayotte

Demain : Episode 5/5, la mémoire.

A Lire :
Episode 1/5 : Il y a 100 ans. Vivre à Mayotte, Province de la colonie de Madagascar
Episode 2/5 : La mobilisation des soldats et le départ pour l’Europe
Episode 3/5 : L’enfer sur le front

Le Dossier «Mayotte et sa région dans la Grande Guerre» édité par le service éducatif des Archives départementales sous la responsabilité du conseil général de Mayotte est toujours proposé à la vente.

Les documents photographiques ont été gracieusement mis à disposition par les Archives départementales de Mayotte et les Archives départementales de l’Oise(Tous droits réservés) dont vous pouvez consulter le site par ici (www.archives.oise.fr).

Le JDM remercie également l’historienne Isabelle Denis pour ses connaissances précieuses.

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