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Madagascar face à la réalité du tourisme sexuel sur les mineurs

Publié le jeudi 17 août 2017 à 5:30
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L’exploitation sexuelle des enfants est un des nombreux fléaux qui touche Madagascar. Une étude de l’ONG «ECPAT» qui lutte contre le phénomène, bat en brèche les idées reçues sur l’origine des clients. Actuellement, les réseaux sociaux donnent une ampleur nouvelle à la prostitution des adolescents.

ECPAT Stop child sex tourism«Mettre fin à la prostitution infantile, à la pornographie infantile et au trafic d’enfants à des fins d’exploitation sexuelle». C’est l’acronyme anglais de l’organisation «ECPAT»*, un réseau basé à Bangkok et réparti dans 74 pays, qui combat notamment le tourisme sexuel impliquant des enfants.

Sa branche française a étendu ses ramifications jusqu’à Madagascar où elle vient de réaliser une étude inédite sur le tourisme sexuel exploitant des enfants. L’ONG a notamment travaillé sur l’origine des «clients» et elle est arrivé à une conclusion inédite : contrairement aux idées reçues, le fléau n’est pas seulement une affaire concernant les étrangers. Près de 70% des «clients» de ce tourisme sexuel sur des mineurs seraient des ressortissants malgaches.

Ces hommes seraient essentiellement des personnes en déplacement, bien plus que des locaux, et ces voyageurs en mission rechercheraient «expressément des mineurs». Parmi ces «clients» se trouveraient également des membres des forces de l’ordre, qui abuseraient de mineurs et prostitués qu’ils arrêtent avant de les relâcher. Et l’ensemble du pays serait concerné même si ces comportements semblent avoir favorisés l’apparition d’un réseau particulièrement dans la capitale Antananarivo.

L’injustice

Les jeunes victimes les plus concernées sont évidemment les mineur(e)s qui vivent dans une situation économique précaire, issu(e)s des milieux défavorisés. Et rares sont celles qui osent porter l’affaire sur la place publique.
Dénoncer ces abus n’est pas chose facile dans une société où la question est taboue, la honte lourde à porter… et la justice peu à l’écoute. «Même si les cas arrivent devant la justice, l’impunité est toujours de mise et les concernés s’en sortent sans grand souci», écrivent nos confrères de l’Express de Madagascar.

ECPAT FRANCELa mise en place d’un Plan national de lutte contre le tourisme sexuel (PNLTS) en 2008, n’a pas changé grand-chose à la situation, les actions entreprises demeurant souvent au stade de la sensibilisation.

Des textes et des lois

Madagascar, où 48% des 23 millions d’habitants ont moins de 18 ans, a pourtant ratifié plusieurs textes internationaux pour renforcer sa politique de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales (ESEC): la Convention internationale des droits de l’enfant des Nations Unies en 1991, le Protocole concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pédopornographie en 2004, le Protocole contre la criminalité organisée pour prévenir et punir la traite des personnes en 2005 et la Charte Africaine des droits et du bien-être de l’enfant également en 2005.

Mais rien ne change, bien au contraire. L’ECPAT France qui a ouvert en 2012 un bureau de coordination locale à Antananarivo, puis une antenne à Nosy Be en 2014, a déjà eu l’occasion d’alerter sur l’ampleur des phénomènes qui touchent les mineurs. En 2016, l’ONG publiait un rapport sur le développement de la prostitution des enfants déscolarisés mais aussi des lycéens via les réseaux sociaux.

La dérive des réseaux sociaux

«De nos jours, les lycéens se lancent aussi dans la prostitution mais cela se manifeste souvent dans les maisons de karaoke», expliquait Honoré Rafalimaro, chargé de la mobilisation sociale et communautaire au sein de l’ECPAT France. «L’utilisation de Facebook favorise les rencontres entre client et prostituée», ajoutait-il, les jeunes filles n’hésitant pas à comparer les offres des «clients». L’étude montrait alors que 10% des parents étaient au courant des activités de leurs enfants sur Facebook.

«Sur cent cinquante jeunes issus d’Antananarivo et Nosy Be enquêtés, les jeunes entre 15 à 17 ans sont les plus influencées et sont victimes d’exploitation sexuelle. Toutes les catégories sont incluses : les scolarisés et déscolarisés», expliquait encore Honoré Rafalimaro, relevant que la prostitution des garçons se développait rapidement.

Face à la situation, l’ECPAT France à Antananarivo a réalisé un film d’animation qui met en scène un exemple concret d’exploitation sexuelle des enfants à Madagascar. Son objectif est de montrer les causes mais aussi les conséquences de ces actes pour tenter d’éveiller une conscience collective.

PM
www.lejournaldemayotte.com

*ECPAT : End child prostitution, child pornography and trafficking of children for sexual purposes

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