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Une dizaine de cas de paludisme «autochtone» à Mayotte: Une piqûre de rappel

Publié le mercredi 21 décembre 2016 à 5:30
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Si le paludisme semble en voie de disparition à l’échelle de l’archipel, Mayotte enregistre, pour la 1ère fois depuis plusieurs années, une dizaine de cas de paludisme «autochtone». Sans être alarmiste, il faut se rappeler les bons comportements face aux moustiques.

L'Aedes albopictus qui véhicule la dengue et le chikungunya (Crédits photo : ARS OI)

L’Aedes albopictus qui véhicule la dengue et le chikungunya
(Crédits photo : ARS OI)

Nous avions pris l’habitude d’enregistrer de bonnes nouvelles sur le front des maladies liées aux moustiques. Après la petite épidémie de dengue qui a frappé Mayotte en 2014, la propagation de la maladie a été stoppée: aucun cas de dengue n’a été enregistré en 2016 dans notre département. Le chikungunya est également absent et le virus Zika, tant redouté, n’a concerné, à ce jour, qu’une seule personne qui l’avait ramené d’un séjour en Martinique.

Pour autant, il convient de ne pas baisser la garde. Des informations, données lors des rencontres de santé publiques à La Réunion fin novembre, rappellent que rien n’est jamais totalement gagné avec les moustiques. Et c’est le paludisme qui refait parler de lui.

Après des années sans aucun cas «autochtone» de paludisme, ce sont une dizaine de personnes qui ont ainsi été touchées sans avoir quitté Mayotte ces dernières semaines. Autrement dit, ils ont contracté la maladie dans notre département. Rien d’affolant, mais sans mauvais jeu de mot, il s’agit bien d’une piqûre de rappel.

Ne pas oublier

Certes, les chiffres de l’Agence régionale de santé (ARS) font apparaître un effondrement de la présence de la maladie durant la dernière décennie à Mayotte. En 2004 par exemple, le département enregistrait encore 743 cas de paludisme.

Mais Mayotte est toujours dans la liste des territoires sensibles établie par le Haut conseil en santé publique (HCSP). Et ces nouveaux cas montrent qu’il convient de continuer de se méfier des moustiques. Les consignes régulièrement rappelées par l’ARS d’éliminer les réservoirs d’eau susceptibles d’abriter des larves et de se protéger des piqûres, y compris en dormant sous des moustiquaires, sont donc toujours d’actualité.

98% de malades en moins

Le paludisme dans le monde (Source: OMS)

Le paludisme dans le monde (Source: OMS)

Le combat contre le paludisme est loin d’être gagné même si, à l’échelle régionale, les nouvelles continuent d’être très positives. Aux Comores aussi, on s’est attaqué au fléau mais avec des méthodes différentes de celles mises en œuvre chez nous. Et là-bas aussi, les résultats sont spectaculaires. Le nombre de malades aurait chuté de 98% en 10 ans, avec «seulement» 1.052 nouveaux cas en 2015, selon les chiffres officiels de l’Union des Comores.

«Avec 8 cas à Anjouan en 2015 et 3 à Mohéli, on peut dire qu’on est arrivé à la phase d’élimination totale de l’épidémie, même si quelques cas sporadiques sont encore enregistrés à la Grande-Comore», indiquait le Dr Mbaé Toyb, de l’Association comorienne pour le bien-être de la famille (Ascobef) à l’AFP début décembre.

Là encore, la comparaison avec 2004 est frappante. Cette année-là, le nombre de cas était de 54.078 dans les 3 îles de l’Union.

Les «comprimés chinois»

Entretemps, les Comores ont lancé une campagne sanitaire inédite dans le pays. A partir de 2005, grâce un financement de 2,4 millions de dollars du Fonds mondial contre le paludisme, le pays a dispensé à la population un nouveau traitement, arrivé de Chine. Cette thérapie «préventive» a d’abord été testée sur les habitants de Mohéli. «Le résultat fut très concluant, puisque le taux des porteurs de parasites est passé de 23% à 0,33%», précise Mbaé Toyb.

La médication a ensuite été étendue à Anjouan en 2012 puis à la Grande-Comore en 2013, grâce à 10 millions d’euros d’aides supplémentaires. Aujourd’hui, les chiffres officiels font état d’un taux de couverture de la population par ce traitement de l’ordre de 91%. Finalement, les Comores ont distribué, comme à Mayotte, plus de 400.000 moustiquaires imprégnées pour compléter le dispositif.

Louis Clément Gouagna, chercheur à l'IRD, coordonne l'expérience des moustiques stériles à La Réunion (Photo: JIR)

Louis Clément Gouagna, chercheur à l’IRD, coordonne l’expérience des moustiques stériles à La Réunion (Photo: JIR)

Moins de palu aux Comores, c’est aussi une diminution de la maladie à Mayotte. Car ces dernières années, les cas diagnostiqués dans notre département étaient tous des patients qui avaient contracté la maladie à l’extérieur, essentiellement dans les 3 îles voisines. Conséquence, les cas de «paludisme importé» se sont aussi effondrés chez nous.

Des moustiques stériles

Et la situation pourrait encore progresser avec une expérience qui débute à La Réunion. Là-bas, on s’apprête à lâcher dans la nature des moustiques mâles stérilisés en laboratoire. Ils sont amenés à s’accoupler avec des femelles qui produiront des œufs stériles. Au fil du temps, on pourrait donc assister à un effondrement du nombre de moustiques sur l’île.

La présentation de l’expérience a été faite à Saint-Gilles, il y a quelques jours, lors d’un colloque international consacré à cette technique. Là-bas, le projet est à l’étude depuis 2009 et il pourrait ensuite s’étendre dans l’océan Indien. Louis Clément Gouagna, le chercheur de l’IRD (institut de recherche pour le développement) qui dirige cette expérience, reconnaît qu’une «lutte efficace à La Réunion ne servira à rien si les autres pays de la sous-région ne suivent pas la même dynamique».

D’où la volonté de partager les connaissances, en espérant, que dans quelques années, on assiste bel et bien à la disparition totale de la maladie de nos îles.

RR
www.lejournaldemayotte.com

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