Longoni, immigration, piste longue : Macron répond aux élus mahorais

Le président de la République accueillait des élus ultramarins ce vendredi au palais de l’Elysée dans le cadre du « Grand débat national ». Une série de rencontres avec les élus territoriaux qu’Emmanuel Macron a initiées au mois de janvier dernier pour tenter de répondre à la crise des « Gilets jaunes ». Les échanges furent francs et sans détour d’un côté comme de l’autre. Récit.

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Échange direct entre Emmanuel Macron et Hanima Ibrahima, la maire de Chirongui

« Je veux que vous me disiez les choses de manière directe ». D’emblée lors de son introduction, le pensionnaire de l’Elysée a donné le ton des échanges qui allaient durer plus de 7 heures. Les maires, conseillers généraux et régionaux ne se sont pas fait prier. Ils n’ont pas hésité à bousculer le président « en marche » sur l’ensemble des problématiques que rencontre chaque département d’outremer.

Les élus mahorais ont bien évidemment attiré une fois de plus l’attention du gouvernement sur la situation générale de l’île. Ce fut le cas de Saïd Omar Oili, président de l’association des maires de Mayotte. « En 2017, je vous avais accueilli dans ma commune avec des colliers de fleurs quand vous étiez encore candidat à l’élection présidentielle. Mais sachez que derrière ces colliers se cachent une très grande misère », lance le maire de Dzaoudzi-Labattoir en guise de rappel des faits sur l’état de santé du 101ème département.

Le président Soibahadine interpellait sur les investissements structurants pour l’île

Allongement de la piste longue : une réponse floue

Avant lui, le président du Conseil départemental, Soibahadine Ibrahim Ramadini, en est venu directement à quelques-uns des principaux sujets qui préoccupent les Mahorais. Il a évoqué trois points : la relation conflictuelle au sein du port de Longoni, la question de l’allongement de la piste d’atterrissage de Pamandzi et la convergence des droits sociaux, autrement dit l’alignement de Mayotte par rapport à la métropole en termes d’allocations et de salaire minimum. Concernant ce rattrapage, le président de la République estime que le préalable à son accélération dépend du développement des Comores en parallèle. « Tant qu’il y aura de telles disparités (dans l’archipel) et qu’on n’aura pas réglé ce sujet là, je ne pourrai pas vous dire qu’on va accélérer la convergence », a-t-il déclaré.

Quant au port de Longoni, le président Macron s’est dit prêt à écouter les arguments en faveur d’un changement de statut de l’infrastructure portuaire en port d’État. « Mais nous ne pouvons pas être le liquidateur de tous les contentieux (entre le département et le délégataire) qui nous échappent », prévient-il. En résumé, le Conseil départemental est sommé de régler son conflit avec Mme Nel, directrice de MCG, avant d’envisager la transformation statutaire du port.

En ce qui concerne l’aéroport, le chef de l’Etat s’est contenté de rappeler les travaux en cours pour la mise aux normes de la piste en termes de sécurité auxquels participent les services étatiques à hauteur de 14 millions d’euros selon les chiffres avancés par la ministre des outremers Annick Girardin. Néanmoins, Emmanuel Macron n’a pas réellement répondu à la question de Soibahadine Ibrahim Ramadani quant à l’engagement ou pas de Paris sur l’allongement de la piste. « On va continuer à investir. Qu’il n’y ait pas de malentendus entre nous. Je viens en juin donc je pense qu’on peut finaliser tous ces travaux à cet horizon. Donc j’y suis favorable », a-t-il ajouté.

« L’immigration clandestine est plus grave que les sargasses et le chlordécone »

Le maire de Ouangani disait son impatience sur les solutions au problème migratoire

Le sujet brûlant de l’immigration clandestine a été également mis sur la table. Le maire de Ouangani Ali Ahmed Combo a interpellé le président de la République pour demander là aussi « une accélération » du règlement de cette question « qui dure depuis trop longtemps ». Le maire de Chirongui, Roukia Lahadji est allé encore plus loin en n’hésitant pas à faire une comparaison quelque peu hasardeuse : « le problème de l’immigration clandestine est plus grave que celui des sargasses ou du chlordécone aux Antilles ». Ce à quoi le président a répondu que l’issue de ce problème ne dépendait pas que de lui mais aussi du président Azali. « Il faudra passer par un pacte de développement où on proposera d’accompagner les Comores afin de les inciter à une coopération de lutte contre les filières clandestines. On a déjà augmenté les effectifs de gendarmerie, on a ajusté les éléments de droit mais on va continuer à renforcer cette mobilisation pour apporter des réponses encore plus fortes en même temps qu’une politique de dialogue avec les Comores », a-t-il conclu.

Une plateforme d’ingénierie, le projet avance

Saïd Omar Oili se confiait avant le Grand débat

Roukia Lahadji a profité de son allocution pour demander par ailleurs, un point d’étape au président sur le projet d’installation d’une plateforme d’ingénierie sur le territoire « qui souffre d’un déficit notoire de compétences pour mener à bien ses projets structurants ». « Plusieurs millions d’euros sont prévus à cet effet et des recrutements vont être rapidement opérés au cours de cette année 2019 », a assuré Emmanuel Macron.

Avant d’entrer dans l’Elysée pour participer à ce grand débat, Saïd Omar Oili nous avait confié son espoir que cette rencontre ne soit pas un énième état des lieux sur des problèmes identifiés depuis bien longtemps. Le dernier en date étant les assises de l’outremer qui se sont tenus l’an dernier. « Des recommandations pour l’outremer, les placards en sont pleins », réagissait Marie-Luce Penchard, l’ancienne ministre de l’Outre-mer sous Nicolas Sarkozy. Moins de paroles et plus d’actes, c’est en quelque sorte ce que réclament les élus ultramarins. « Vous demandez des libertés et quand vous les exercez et que ça ne va pas, vous demandez à l’État d’intervenir », leur rétorque le président. Des réponses franches et sans ambiguïté qui n’ont pas manqué de faire réagir certains élus de l’opposition comme le parlementaire européen Younous Omarjee et le député réunionnais Jean-Hugues Ratenon. Face à cette « opération de communication », les représentants du parti de la France Insoumise ont préféré quitter la salle bien avant la fin du débat.

Lors de cette rencontre Mayotte aura au moins obtenu une annonce, celle de la venue d’Emmanuel Macron sur le territoire en juin prochain. Son but étant, a-t-il indiqué, de « trouver des solutions » avec les acteurs locaux. Nul doute que les élus et les habitants de Mayotte attendent le président de la République de pied ferme. Et cette fois-ci, les colliers de fleurs ne seront peut-être pas au rendez-vous.

De notre correspondant à Paris, Gauthier Dupraz

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